par Remind » 24 Déc 2025, 10:05
peezee,
Je vais essayer de recentrer le débat calmement, parce qu’à force d’échanges on mélange un peu tout.
Le problème n’est pas de dire que l’audiovisuel public est parfait. Il ne l’est pas. Les questions de gouvernance, de salaires, de missions, de déficit sont légitimes et documentées, y compris par la Cour des comptes. Là-dessus, il n’y a pas débat.
En revanche, ce qui pose problème dans ton raisonnement, c’est le cumul de trois choses :
1. le refus de discuter sérieusement du biais et de la méthode de la commission et des contenus relayés,
2. le changement de discours sur les conclusions politiques à adopter vis-à-vis d’un service public « Télévision d’Etat », sans jamais reconnaitre l’outrance des propositions initialement faites
3. et sur le fond la proposition d’adopter un contenu minimaliste sur la base de tes centres d’intérêts sans jamais considérer qu’un service public s’adresse à l’ensemble d’une population et non une personne en particulier.
1) « Je juge le contenu, pas la source »… mais tu adoptes le cadrage de la source
Tu dis ne pas t’intéresser à l’origine idéologique de la vidéo relayée. Le problème, ce n’est pas l’étiquette politique en soi (quoique...), c’est que dans les faits tu reprends exactement le cadrage et les conclusions politiques du contenu (au départ liquidation massive, puis démantèlement).
On ne peut pas à la fois dire que la source n’a aucune importance et reprendre sans distance le récit qu’elle construit. Soit le cadrage compte, soit il ne compte pas, mais il faut être cohérent. C’est un peu comme si je relayais une idée factuellement intéressante pour le contribuable allemand, transposable au contribuable français, trouvée chapitre 4, page 45 de « Mein Kampf », ça ferait sans doute bizarre que je vienne relayer cette idée ici, sans avoir un procès sur le fait que je me fasse le relai d’une propagande fasciste, non? Voilà, point Godwin atteint.
2) Tu commences par une position maximaliste, puis tu la tempères sans jamais l’assumer clairement
Au début, tu parles de liquidation, de privatisation, qui sont là encore des éléments de langage du RN, enfin de « foutre 90 % à la poubelle ». Tu passes de « la Télévision d’Etat était nécessaire il y a 40 ans, plus maintenant » à « Oui, bon, il faut encore en garder une petite partie, certainement des contenus que je regarde, le reste on peut bazarder ». Puis, au fil des échanges, tu introduis des nuances : tout n’est pas à supprimer, certaines missions peuvent être conservées, mais on ne sait pas vraiment lesquelles.
Le problème n’est pas d’évoluer, c’est de ne jamais reconnaître explicitement ce déplacement, ce qui entretient un malentendu permanent avec ceux qui te répondent encore sur tes propos initiaux.
Je passe également sur la liste des outrages faits par le Service Public, entre fake news (Cohen/Legrand) relayées, et des faits qui relèvent plus de l'incompétence que de la volonté d'organiser la diffusion d'une idéologie massive comme c'est le cas dans le réseau bollorien (on se souvient notammant de la polémique sur l'avortement, première cause de mortalité en France). Au passage, je n'ai pas vu où tu écrivais que ces outrages n'étaient pas du même tonneau que ceux des réseaux de Bolloré, comme tu l'affirmes dans ton dernier message.
Toute cette forme pose problème dans ton argumentation et renvoie vraiment à un sentiment de propagande, à tout le moins, un discours de comptoir populiste, même si tu t'en défends.
3) On en vient au fond du débat: “faut-il garder un service public”, mais selon quels principes
Dans tes messages, tu raisonnes presque toujours en termes d’usage personnel : ce que tu regardes, ce qui t’intéresse, ce qui te paraît utile. Or un service public n’est pas censé s’adresser à toi ou à moi individuellement, mais à l’ensemble d’une population, y compris à des publics que nous ne représentons pas et à des contenus que nous ne consommons pas.
Tant que tu ne définis pas clairement quelles missions collectives tu juges légitimes (information indépendante, culture non marchande, couverture territoriale, pluralisme, accès universel), le débat reste bancal. On ne discute pas d’un projet de service public, mais d’un tri subjectif fondé sur des préférences individuelles. Là encore on est dans le populisme le plus affirmé.
En résumé :
Critiquer l’audiovisuel public est légitime.
Vouloir le réformer est sans doute nécessaire.
Mais ignorer la question du cadrage des sources, démarrer sur des positions extrêmement radicales puis les atténuer sans le dire, et raisonner uniquement en consommateur plutôt qu’en citoyen, rend le débat bancal.
Le débat mérite mieux que ça, y compris à l'AN où la commission d'enquête ne doit pas servir une idéologie mais bien proposer une conclusion sur quel service public on doit proposer à tous les français, pas seulement ceux du RN, ou toi qui n'est pas intéressé par un "Si grand soleil".