J 31 | FCGB-OM : ultramarines et canot de sauvetage

En concédant le nul contre Angers après avoir mené par deux buts d’écart, l’OM vient d’abandonner tout espoir de podium. Difficile, du coup, de se passionner pour un Bordeaux-OM pourtant perçu côté girondin comme une finale.

Fanée expérience

Les temps sont durs pour les passionnés de football en général. Ceux pour qui les matchs comptent plus que tout, sans doute parfois trop, vivent un sale quart d’heure qui n’en finit plus de s’étirer. Entre une politique répressive confinant à l’absurde, l’incapacité de l’ensemble des acteurs concernés à discuter des fumigènes de manière constructive, ou encore les diffuseurs TV imposant des horaires de plus en plus absurdes, l’heure n’est pas vraiment à la fête.

Comme si cela ne suffisait pas, la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, ne semble avoir rien trouvé de plus utile pour faire exister sa fonction décimée par les coupes budgétaires, que de se lancer dans un grande croisade contre les abus de langage au stade. Sous couvert de lutte contre l’homophobie. Car voyez-vous, les jurons footeux sont apparemment la cause principale les agressions homophobes survenant en pleine rue, trop souvent dans une relative indifférence…

A l’heure où le racisme ordinaire sévit par exemple toujours dans les stades et ailleurs, l’urgence semble donc de sanctionner les salauds de beaufs qui utilisent parfois un vocabulaire peu châtié pour exprimer leur détermination où leur frustration. Ne peuvent-ils pas se contenter de siroter du champagne en carré VIP pour se consoler d’une défaite?

Dans ce contexte, l’enthousiasme manifesté par les fans bordelais avant de recevoir Marseille ne peut pas être balayé d’un revers de main. Néanmoins, à l’image du désormais célèbre clapping girondin fêtant un match nul concédé en 2017, cette ferveur peut prêter à sourire.

Soyons honnêtes: même si la rivalité entre les deux clubs est effectivement historique et date des passes d’armes mythiques entre Bernard Tapie et Claude Bez, elle est loin de tenir éveillés la nuit les amoureux de l’OM. Logiquement, ils sont bien plus préoccupés par la perspective de rater la C1 pour la sixième année consécutive. Mêmes les amers souvenirs, plus récents, des titres bordelais obtenus en 1999 puis en 2009 au nez et à la barbe phocéenne ont du mal à surpasser la morosité du constat actuel.

Bien sûr, il reste cette histoire d’invincibilité pour donner du piment à la rencontre. Comme tout le monde le souligne chaque année, Bordeaux n’a plus perdu à domicile contre l’Olympique de Marseille depuis 1977. A l’instant T, c’est sans doute loin de valoir une place sur le podium. Mais au train où vont les choses, avec la perspective éventuelle d’une ligue des champions fermée, à l’américaine, les repères historiques vont assurément garder plus de saveur que le football insipide (mais poli) de demain.

Couler à la coule

Insipide mais polie, la saison de l’OM l’est également. A l’image de ses présentations toujours aussi lisses, la communication de Jacques-Henri Eyraud ne semble pas devoir varier d’un iota. Aspirant décomplexé à la troisième place en début de saison, le capitaine du navire olympien ne semble pas bouleversé à l’idée de devoir finalement cravacher pour conserver la quatrième. Comme s’il évoluait dans un dessin animé au dénouement inévitablement heureux, l’ancien cadre d’Eurodisney en est d’ailleurs encore à évoquer les enjeux du “sprint final”.

Cette forme de déni aura constamment accompagné une saison qui ressemble un peu au naufrage du Titanic. Avec une différence de taille cependant: contrairement au célèbre paquebot, l’Olympique de Marseille avait largement le temps de corriger sa trajectoire avant de sombrer. Ici, l’iceberg était visible de loin, sans que l’on sache trop pourquoi l’équipage aux commandes a délibérément choisi de foncer dedans.

Rudi Garcia et Jacques-Henri Eyraud travaillent déjà sur les contours de l’effectif la saison prochaine

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le fameux pragmatisme à l’américaine, porteur d’espoirs au moment de l’arrivée de Frank McCourt, n’a pas vraiment prévalu au moment de se séparer de Rudi Garcia. Certes, un nouvel entraîneur, pas plus qu’un actionnaire américain, ne peuvent tout arranger d’un coup de baguette magique. Bordeaux, qui a vu arriver l’un et l’autre cette saison, peut en témoigner.

Pour autant, le flegme de l’état major marseillais a de quoi interpeller. Donner de grandes leçons morales dans la presse, juste avant de se faire outrageusement dominer par le SCO d’Angers, reviendrait, sur le Titanic agonisant, à s’extasier devant les musiciens au lieu de chercher un canot de sauvetage. Il serait temps que les joueurs marseillais se réveillent. Faute de quoi, ils ne parviendront même pas à mollement colmater les brèches avec une qualification en Europa League.

Et soudain, Zubi s’arrêta ?

Outre un passé (et un passif) commun, un repreneur américain, et un avenir pour le moment loin de la C1, Marseille et Bordeaux vont bientôt partager une autre similitude, à savoir la nomination d’un technicien espagnol au poste de directeur sportif. Bordeaux s’apprête en effet à nommer Eduardo Macía, en provenance de Leicester. Toutefois, son homologue marseillais pourrait ne pas avoir l’occasion de le côtoyer.

Confirmant des rumeurs propagées par la presse britannique, le journal l’Equipe a en effet annoncé cette semaine qu’Andoni Zubizarreta serait tenté par un départ vers Arsenal, où il rejoindrait un autre basque, Unai Emery.

Andoni, pourriez-vous nous décrire en quoi consiste votre travail ?

Alors qu’il semble n’avoir jamais réellement pesé sur les prises de décisions, l’ancien gardien international pourrait donc quitter le navire en pleine tempête. Une perspective qui tranche avec la position de Rudi Garcia, qui vient encore d’expliquer publiquement son souhait de s’inscrire sur la durée à l’OM. Alors que la direction du club se refuse pour l’instant à acter une-non qualification en ligue des champions, il faut espérer qu’elle s’atèle tout de même à préparer la prochaine saison.

A moins d’un très improbable miracle, les dés semblent définitivement jetés pour cette année. Au moment de se retourner pour contempler ce qui a foiré, on pourra difficilement s’empêcher de repenser à la saison très compliquée de l’AS Monaco et aux turbulences récurrentes qui continuent de secouer l’Olympique Lyonnais. Son échec, l’OM sera allé le chercher tout seul, comme un grand, essuyant simplement de la part du Vélodrome des froncements de sourcils vite atténués par des négociations de boutiquiers.

Et Andoni, s’il avait davantage imposé ses points de vue, notamment cet été, aurait-il pu éviter ce qui s’est passé? L’intéressé s’est régulièrement exprimé par presse interposée pour rappeler à quel point il avait l’élégance de ne pas s’exprimer. Si jamais il venait effectivement à s’en aller, on continuera longtemps à se demander si cette discrétion affichée témoignait d’une classe naturelle ou tout simplement du caractère fictif de sa fonction.

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Article lu 597 fois, écrit le par boodream Cet article a été posté dans Avant-match et taggé , , . Sauvegarder le lien.

2 Réponses pour J 31 | FCGB-OM : ultramarines et canot de sauvetage

  1. Encore une réussite !

  2. Avant match mélancolique, à l’ image du moral des supporters Olympiens, merci .

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