J 25 | FCGB-OM : briser la malédiction

Six matches d’affilée sans victoire en championnat, quarante-trois ans sans succès à Bordeaux, le temps n’est pas à l’optimisme. La saison se goupille mal, très mal… Et si un résultat en terre girondine permettait d’enclencher une nouvelle dynamique ? Réponse, dimanche soir au Matmut Aquitaine.

Nasser Larguet, l’homme de la situation ?

Si Nasser Larguet n’a aucune assurance qu’un miracle se produise, il n’empêche qu’il espère que la recette qui lui a été amicalement prêtée par Numérodis, un cousin égyptien, lui permette d’inverser la tendance.

Et c’est qui le lion, maintenant ?

En effet, une victoire en Bourgogne en Coupe de France a fait du bien cette semaine. Des rumeurs courent à propos de l’arrivée d’un nouvel entraîneur, lui-même entend retourner à son centre de formation. Pourtant… Face à la tempête, c’est lui qui se tient droit, sans peur et sans reproche.

Derrière lui, une voix faible et peu convaincante.
— Souquez les artibuses !
Frank McCourt dévisage Jacques-Henri Eyraud avec un haussement de sourcils, puis il interroge Pablo Longoria du regard. L’Espagnol hausse les épaules, il ne comprend pas plus que lui les consignes de leur président.

Mais cette voix, Nasser l’ignore. Il n’a pas d’ambitions clairement définies, il est là pour essayer de redresser la barre, de représenter l’institution qu’est l’Olympique de Marseille avec dignité. Ce club, il l’aime, autant que tous ceux qui liront ce texte, il l’a dans le cœur et dans les tripes. Quand l’équipe est à la peine, son cœur saigne, et alors que le stade est privé de son public, il n’a plus l’occasion de se laisser porter par sa ferveur extatique.

Des motifs d’espoir

L’avantage de cette situation ? Il n’a rien à perdre et tout à gagner. Depuis qu’il s’est installé derrière le gouvernail, les cartes ont été rebattues. Certains joueurs peuvent profiter du contexte pour s’illustrer et intégrer le groupe professionnel, voire l’équipe première. Non, derrière les nuages sombres qui s’amoncèlent au-dessus de la mer Méditerranée, tout n’est pas si noir. Des joueurs comme Christopher Rocchia, Lucas Perrin, Luis Henrique ou Bamba Dieng peuvent donc croire en leur chance de bouleverser la hiérarchie.

Ah Mamadou, comme c’est bon de te revoir !

Et il faut l’espérer car, à Bordeaux, Nasser sera privé de quatre de ses cadres, Arkadiusz Milik, Alvaro Gonzalez, Duje Caleta-Car et Dimitri Payet. Le golgoth polonais, fraîchement arrivé en provenance de Naples, est blessé, tout comme les deux titulaires de la charnière centrale. Quant à notre numéro dix, il va purger son deuxième match de suspension, suite au carton rouge qu’il a reçu contre le PSG lors de la précédente journée.

Si le climat est plutôt morose, quelques certitudes peuvent nous permettent de croire en un exploit, en principal la paire Kamara-Gueye qui monte en puissance au milieu de terrain et qui n’a pas démérité, loin de là, face au PSG. Tout se jouera donc dans les deux surfaces de vérité. De la bonne tenue de Balerdi et de Perrin, du rôle des latéraux dans l’animation offensive et de la complicité d’attaquants en manque cruel de confiance.

Refroidir l’ambiance

Et tu tapes, tapes, tapes…

À l’heure de prendre la mer et d’affronter les courants contraires, Nasser songe à son adversaire, Bordeaux qui reste sur trois défaite consécutives. Classé dans le ventre mou, comme son équipe, il sait que c’est le match de l’année pour eux, le seul qui compte vraiment. Un match nul suffira à les contenter et à provoquer des scènes de liesse dans leur cité. Il ne leur en faut pas plus. Ce club qui était autrefois considéré comme l’un des gros morceaux du championnat n’a plus d’ambitions depuis des années.

Leur gâcher la fête, voilà le meilleur moyen de briser la malédiction et de redonner un peu d’intérêt à la saison de l’Olympique de Marseille. Dimanche soir, les Bordelais seront surmotivés, comme ils sont incapables de l’être contre Lyon, Lille, Monaco ou Paris. Nicolas De Préville se prendra pour Pippo Inzaghi et Pablo pour Laurent Blanc. Survoltés, ils joueront pour ne pas perdre.

Une vieille connaissance

Goscinny et Uderzo ? Je connais pas, moi je ne lis que du Nietzsche !

Toutefois, un obstacle inquiète Nasser. Hatem Ben Arfa. Contrairement à ses onze joueurs marseillais, celui-là n’a pas besoin de boire une rasade de potion magique pour briller sur le terrain. En effet, il est tombé dans la marmite quand il était petit. Son attitude a été parfois contestée, sa carrière n’a pas atteint les sommets que son talent lui promettait…

Cependant, cela ne l’a jamais empêché de s’amuser avec ses opposants. Il représente le principal danger pour les Marseillais. On le sait, il est capable d’une passe, d’un slalom ou d’une accélération pour mettre le feu.

Néanmoins, un sourire apparaît sur le visage de Nasser. Il sait que ses entraîneurs n’ont jamais su l’utiliser comme il le fallait. Alors, il croise les doigts dans son dos. Avec un peu de chance, Jean-Louis Gasset le placera en pointe, le conférant dans un rôle où il touchera peu de ballons.

Une drôle de galère

— Larguez les amarres ! hurle Jacques-Henri depuis le pont.
Nasser écarquille les yeux. Quel drôle de président ! Il partirait au combat sans son entraîneur !
Et le coach se dépêche de grimper sur la passerelle qui relie le quai du Vieux-Port à leur navire de guerre.

À quelques mètres de là, sur une terrasse, un visage se redresse, légèrement bouffi. Ses paupières clignotent alors que ses doigts se saisissent de l’anse de sa tasse de café pour la porter à ses lèvres.
Une gorgée suffit et l’Espagnol se réveille, piqué au vif par la caféine.

J’ai assez dormi ! se dit-il. Où aller, désormais ?
Soudain, son regard se pose sur une marmite d’où s’échappent des volutes de fumée.
Tel un félin, Andoni bondit de sa chaise et se précipite vers l’objet de sa convoitise. Si ses jambes ramollissent rapidement, le fumet est trop intensément délicieux pour empêcher sa paresse de reprendre le dessus. Il parvient à sa hauteur et s’empare de la louche.
— De la soupe ! se réjouit-il.

Deux ingrédients sont indispensables pour réussir une bonne soupe. Des pommes de terre et du céleri.
Pourquoi ? Je vais vous l’expliquer si vous le voulez bien.

Au large, le regard rivé vers l’horizon, Nasser envie ce bienheureux qui se régale de leur potion magique. Le président a encore commis une erreur, se rend-il compte en son for intérieur. Mais je vous le jure, les enfants, nous n’en aurons pas besoin ! Nous avons ce qu’il faut pour triompher ! Nous allons établir un plan de jeu, les presser haut, les pousser à la faute et les punir ! Oui, foi de Nasser, on va les rétamer !

Alors, il se tourne et croise le regard de Jacques-Henri qui n’en démord pas.

— Je suis persuadé que si on comptait deux points pour les buts qui viennent de frappes en-dehors de la surface, on ne serait pas neuvième, c’est obligé. Cette règle, c’est le futur !
Comme la plupart des amateurs de foot, Nasser n’accordait aucune importance à cette idée saugrenue. Ainsi, il décide de changer de sujet.
— Dis, Jacques-Henri, on a une marmite à bord ?
Incrédule, le président acquiesce.
— Des oignons, des pommes de terre, du poireau ?
— Oui, le cuisinier doit avoir des légumes.
— Bien, bien…
— Attends, laisse-moi deviner, Nasser… On va faire de la soupe et faire croire que c’est de la potion magique !
Ah ! Pour une fois, t’es moins niais que t’en as l’air ! pense-t-il. Mais il s’abstint de tout commentaire.
— Et après, on fera une tisane, proposa Jacques-Henri. Je crois qu’en ces temps qui courent, on aurait bien besoin d’une tisane, c’est ce que je me tue à dire aux supporters.

Étonné, Nasser le regarde partir en cuisine. Il allait lui-même éplucher les patates.

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A propos de Chris Red


Rédacteur pour le plaisir et passionné de l'OM, je suis également auteur de romans et de nouvelles SF/Fantastique et traducteur novice dans le même domaine.
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